Pic de Neige Cordier depuis le refuge de l’Alpe de Villar d’Arène et redescente sur le Glacier Blanc
Vendredi 24 avril 2026
Cette traversée nord-sud du refuge de l’Alpe de Villar-d’Arêne jusqu’à celui du glacier Blanc en passant par le sommet de pic de Neige Cordier, nous l’avions tenté en juin 2024 avant d’effectuer un prudent demi-tour au pied de la brèche de la Plate des Agneaux. Il avait énormément neigé cette année-là, et aucune trace de montée n’était visible dans le couloir. De plus, nous ne savions pas non plus si le redescente du col Emile Pic était en condition sachant qu’il était probable qu’une gigantesque corniche se soit formée à cet endroit. Par-dessus tout, le soleil commençait à darder de ses rayons le pied du couloir lorsque nous arrivâmes, ce qui n’était pas une bonne chose à cette période de l’année. Bref, nous avions fini par renoncer.
Rien à voir en 2026. Les conditions sont bien meilleures et le regel nocturne présent. Il faut dire que nous retentons l’aventure deux mois plus tôt qu’en 2024, avec un refuge ouvert et accueillant, ce qui ne fut pas le cas deux ans plus tôt, le refuge étant fermé au mois de juin. Après un bon repas dans la vaste salle à manger avec son poêle qui donnait bien, puis un lit douillet, nous n’avions aucune raison d’opérer un nouveau demi-tour au pied du col. Bref, un tout autre son de cloche qu’en 2024 où seule la partie hivernale du refuge était ouverte et la pluie présente pour nous accueillir. Nous réglons nos réveils à 3h30 du matin, un horaire qui pique toujours un peu, mais c’est pour la bonne cause ! Le plein de vitamines du petit déjeuner est vite avalé et nous voilà partis sur nos raquettes bien avant le départ des skieurs de randos, car une fois de plus, nous sommes de vilains petits canards qui avançons pas à pas et ne glissons pas.
À l’approche du col d’Arsine, nous savions qu’il fallait opérer un virage sur la droite avant de parvenir en vue de la brèche. Nous nous engageons donc dans un large couloir assez raide délimité par deux immenses parois rocheuses sans trop savoir où nous allions déboucher, m’étant trompé sur le fond de carte à télécharger, ce qui ne nous aidait donc guère à nous géolocaliser. Une fois sortis de cet élégant couloir, nous nous apercevons que nous nous sommes finalement bien débrouillés en nous rapprochant considérablement de la brèche, tout en ayant évité les mamelons du glacier d’Arsine. L’entièreté du couloir semble en excellente condition, d’autant que la neige croustille et que des traces de pas laissent augurer d’une ascension « easy ». Ce qui fut le cas !
Quel bonheur d’évoluer en haute montagne lorsque les conditions sont réunies. Ce qui fit penser à nos précédentes courses de neige, le Whymper à la Verte, le final de la traversée sud-nord de la Barre des Écrins, etc. Après un petit rétablissement sur l’arête confortable, le parcours était tout tracé par les skieurs de rando jusqu’à la partie en rochers menant au sommet du pic de Neige Cordier. Pour l’atteindre, nous avons remonté une goulotte en neige puis un petit pas d’escalade nous mena au sommet. La vue est magnifique depuis cet étroit promontoire, notamment sur le glacier Blanc et la Barre des Écrins dont Gaston Rébuffat disait qu’elle n’était autre « qu’un élan de glace vers le ciel. »
La redescente de cette cime malcommode s’effectue par la voie normale jusqu’au col Émile Pic, passage obligé vers les pentes menant au glacier Blanc. Le col me paraissait lointain et riquiqui, de même que les skieurs de randonnées qui s’y dirigeaient, sorte de Playmobil depuis notre observatoire. Et pourtant, cette voie normale se redescend plutôt bien dans un dédale de rochers, cailloux, boues, etc.
Nous finissons par arriver au fameux col dont on ne savait pas s’il serait en neige ou en caillasse. Lui qui était il y a quelques dizaines d’années tout de blanc vêtu, s’est radicalement transformé avec le réchauffement. Nous voilà face à deux rappels consécutifs dans un environnement pas joli joli… Petit couloir en glace-neige-rocher excessivement incliné, il ne donne pas envie de s’y engager ! Olivier s’aperçoit en descendant que le second relais est positionné sans presque aucune prise pour les pieds, et que se retrouver accrochés à deux sur ce très malcommode espace n’est pas du tout confort. En le rejoignant, je comprends vite la situation et, puisqu’il reste encore pas mal de corde, je continue ma descente sur ce même rappel pour venir me vacher plus bas à l’extrémité d’une corde servant à assurer le passage des skieurs. Olivier descend ensuite depuis le second relais, et lorsqu’il est en sécurité plus bas, je récupère notre corde pour à mon tour le rejoindre en rappel. Tout cela pour dire qu’on aurait préféré que le col Émile Pic soit en neige !
Le retour au refuge du glacier Blanc fut nettement plus sympathique et sans encombre, après une pause déj dans un décor de rêve. Restait une inconnue de taille avant notre retour au bercail. Sachant que nous avions laissé la voiture au parking du pied du Col, départ immédiat des randonneurs allant rejoindre le refuge de l’Alpe de Villar d’Arène notamment, et que nous étions désormais de l’autre côté du massif à une soixantaine de kilomètres par la route, comment allions-nous faire pour nous transporter jusqu’à notre point de départ ? Alors que nous envisageons le stop et des heures de galère, nous discutons le soir avec des skieuses partageant la même tablée que nous au refuge. Elles nous racontent qu’elles et leur guide effectuent une virée de plusieurs jours, et ont prépositionné plusieurs voitures en différents points de chute du massif. L’une d’elles est justement garée au parking proche du pré de Madame Carle (le parking habituel pour accéder au refuge du Glacier Blanc) et sa jeune propriétaire nous propose de la ramener au pied du Col. Nous acceptons immédiatement ! Aussitôt dit, aussitôt fait, elle nous donne les clés de sa petite Up Volskwagen et nous notons uniquement son numéro de téléphone… la confiance règne ! Un grand merci à elle qui nous aura bien dépannés de même que nous l’aurons bien arrangée également. Grâce à cette chance inespérée, nous sommes revenus à notre camp de base en Valjouffrey en début d’après-midi en prévoyant déjà de repartir le surlendemain fouler un autre sommet, mais ceci est une autre histoire !




