Col des Neiges / 8 juillet 2026
Voilà des années que nous souhaitions remonter au refuge Adèle Planchard dans le parc des Écrins pour gravir l’arête Sud de la Grande Ruine, après avoir atteint son sommet en 2015 par sa voie normale, à défaut déjà d’avoir pu accéder au pied de son arête pour cause de terrain dégradé. Nous étions alors en septembre, tandis qu’en 2026, nous nous y présentons de nouveau au début juillet, ce qui signifie normalement un cheminement plus aisé, le soleil n’ayant pas encore tapé tout l’été sur ses pentes. La veille au soir, nous discutons avec deux jeunes alpinistes qui nous mettent en garde sur les conditions très dégradées de l’accès au col des Neiges puis au col de la Casse déserte.
D’autres cordées ont pourtant réussi l’ascension quelques jours plus tôt, des jeunes (nous sommes vieux !) qui étaient néanmoins rentrés au refuge sur les coups de 17h, soit un horaire anormal pour ce type de course. La gardienne elle, qui n’est pas alpiniste, nous avait dit que « cela passait » mais que nous allions galérer pour franchir le second col. Le mieux étant d’aller voir par nous-mêmes, nous programmons un réveil à 4h00 du matin. Et nous voilà partis à la frontale dans un premier temps pour traverser ce qui reste du glacier supérieur des Agneaux, un dédale de neige durcie et de caillasse. En approchant du col des Neiges, nous nous rendons vite compte des dégâts orchestrés par le réchauffement climatique ces dernières années. Son accès est devenu risqué à tel point que des cordelettes et spits ont fait leur apparition.

Nous franchissons ce passage délicat et découvrons le clou du spectacle. Bien plus bas, le glacier de la Casse Déserte est bombardé de rochers à l’endroit même où un rappel a été créé pour pouvoir le rejoindre. Autre option possible, cheminer le long de la paroi dans le but d’atteindre le col du même nom. Là aussi des spits ont fait leur apparition pour assurer les valeureux alpinistes qui devront ensuite gravir le col on ne sait trop comment étant donné son état déplorable. Et dire qu’il y a 50 ans, ces deux mêmes cols se franchisaient facilement en crampons, les glaciers étant bien plus élevés qu’aujourd’hui. L’approche de l’arête Sud est devenue dangereuse et la course plus difficile et longue. Si bien que, tenant encore à nos simples vies, nous avons décidé de rebrousser chemin, retourner au refuge puis redescendre en vallée. Après avoir fait une croix définitive sur cette arête qui doit pourtant être un chef-d’œuvre d’alpinisme.

