« Le dîner c’est à 18h30 !!! »
« Le dîner c’est à 18h30 !!! »

« Le dîner c’est à 18h30 !!! »

Grand Châtelard : Marjo’line / 2 juillet 2026

Pointe de l’Observatoire : Arête W / 3 juillet 2026

« Le dîner c’est à 18h30 !!! » En entendant ces mots du jeune sous-maître cuistot au refuge du Fond d’Aussois, notre sang ne fait qu’un tour. Après un lever vers les 4h, une montée au col d’Aussois avec tout notre barda, une redescente dans le vallon glaciaire jouxtant la pointe de l’Observatoire, puis la course d’arête qui aura duré environ 5 heures et un retour au refuge environ 45 minutes après l’heure officielle du repas, nous nous attendions à meilleure réception. D’autant qu’Olivier avait eu la prévenance de téléphoner du sommet pour annoncer que nous serions en retard.

La veille déjà, le gardien nous avait indiqué que le dîner était à 18h30, laissant entendre par là que le staff était très à cheval sur les horaires. L’orage n’a ce soir-là pas éclaté à l’extérieur du refuge, mais bien dans ses murs, le sous-maître cuistot ayant visiblement du mal à comprendre que nous n’avions pas uniquement revêtus nos habits de randonneurs, mais également d’alpinistes susceptibles de prendre du retard dans des voies aériennes où prudence et concentration valent mieux que vitesse et précipitation. Après s’être finalement platement excusé et même offert le dîner, nous avons néanmoins décidé de redescendre en vallée séance tenante, l’envie de passer une nuit au refuge ne nous effleurant plus l’esprit.

Cette arête ouest est une savante envolée sur un rocher presque parfait et adhérent à souhait. La descente dans le vallon glaciaire s’invite en préambule à l’escalade puisque nous débouchons du col d’Aussois (il est également possible d’atteindre l’attaque par le bas en partant du pont de la Pêche). Heureusement, cette descente obligatoire n’est pas trop harassante ce jour-là, le beau temps y étant pour beaucoup. Nous avions déjà tenté l’aventure en septembre 2018, sans succès hélas, la météo du jour s’étant avérée plombée et le vallon ennuagé. Nous avions donc orchestré un savant demi-tour au pied de l’arête et remonté le vallon dans son intégralité. Nous comptions bien revenir un jour en bénéficiant de meilleures conditions. Ce qui fut le cas en ce 3 juillet 2026.

L’arête dans son intégralité depuis le vallon de descente.

Arrivé au pied de la première longueur qui permet de prendre pied sur le fil de l’arête, je me dis que je boirais bien un coup. En sortant ma gourde, je m’aperçois qu’elle est bien légère… Normal vu qu’il n’y a plus une goutte d’eau à l’intérieur ! Le bouchon a dû se déclipser et les 1,5 l se sont aimablement déversés dans mon sac mouillant ma polaire notamment. Voilà qui est fâcheux à la perspective de passer plusieurs heures à escalader avec désormais une seule gourde pour deux. Cependant, ayant dû traverser un névé peu de temps auparavant, je redescends à son niveau et enfourne de la neige dans ma gourde que nous complétons ensuite avec l’eau de la gourde d’Olivier. Résultat, la voilà de nouveau presque pleine et nous pouvons attaquer l’ascension sereinement.

La dalle de la première brèche.

Cette longueur inaugurale facile et esthétique laisse présager une suite tout aussi plaisante. Parvenus sur l’arête, nous nous apercevons que la voie se déploie de manière débonnaire, si bien que nous progressons aisément sur une série de dalles qui finissent par se relever jusqu’à venir buter sur la première brèche marquant à peu près la moitié du parcours. Brèche qui se franchit facilement avant de nous retrouver face au premier chef-d’œuvre de cette arête, une dalle d’une quinzaine de mètres de haut d’une cotation 5b. Les anciens l’avaient contourné par le nord en empruntant une cheminée pas très engageante. Mieux vaut la dalle, d’autant qu’elle est très tentante et dans un excellent rocher abrasif qui plus est. Olivier se lance sans trop de difficulté et je le rejoins au relais juste au-dessus. Quelle finesse et quel bonheur de gravir ce trop court passage, qui me fait penser aux passages en dalles de la traversée de Sialouze l’an passé. La suite est plus commune, à savoir de nouvelles longueurs sur d’autres dalles plus ou moins lichéneuses et redressées, et qui ne permettent pas de progresser à corde tendue.

La superbe dalle de sortie.

Le temps passe et nous voilà enfin à hauteur de la seconde et dernière brèche ornée d’un majestueux gendarme qu’il convient de contourner par la gauche. La descente dans la brèche est olé olé, le vide y est omniprésent et, en tant que second, je suis pas vraiment assuré, mais assure quand même pour rejoindre Olivier ! La dernière partie de l’ascension est de nouveau un pur plaisir d’escaladeur. Après un court ressaut, nous voilà au bas de la dalle finale en 4+ et ses deux dernières longueurs de toute beauté. Nous profitons de ce moment suspendu sachant que la sortie au sommet est proche. Personne pour admirer nos égos ce jour-là (le sommet de la pointe de l’Observatoire est facilement accessible en randonnée), il faut dire qu’aux alentours de 17h30, l’on ne croise plus guère de randonneurs. Sachant donc que nous n’arriverons pas à l’heure pour le dîner, Olivier s’empresse de téléphoner au refuge pour prévenir de notre retard. Et donc, après une longue redescente et finalement bien contents d’arriver au dit refuge, nous sommes accueillis par le cuistot qui prononce ces mots désarmants : « Le dîner c’est à 18h30 !!! »…

La veille, nous avions parcouru la très sympathique voie en 8 longueurs pas bien difficiles, Marjo’line au Grand Châtelard, un gigantesque bloc posé sur les contreforts de la dent Parrachée, au départ du refuge du même nom, tenu depuis des lustres par l’inénarrable gardien Franck Buisson. Une escalade plaisir pour nous mettre en jambe dans un cadre exceptionnel avant d’aller conquérir l’arête ouest de la pointe de l’Observatoire. Et l’an prochain, c’est acté, nous retournerons gravir l’une des autres voies incontournables du Grand Châtelard, Tirelipompon, un poil plus enlevée, avant de poursuivre par l’ascension de l’arête nord de la pointe de l’Echelle au départ du refuge de la Dent Parrachée, et non de celui d’Aussois !

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