La Lettre Amoureuse
La Lettre Amoureuse

La Lettre Amoureuse

La Lettre Amoureuse / 9 juillet 2026

Les grimpeurs ne remercieront jamais assez le guide de haute montagne Pascal Huss (au même titre que Jean-Michel Cambon d’ailleurs) pour ses nombreuses ouvertures et rééquipements de voies dans les Écrins et ailleurs. Dans des lieux parfois improbables aux approches ubuesques, mais dont l’œil affûté du spécialiste aura su capter une ligne d’escalade sur les contreforts d’un versant oublié. Nous avions profité de l’une de ses nombreuses trouvailles en 2023 du côté de la station de ski de l’Alpe du Grand Serre non loin de la Mure. Vacances à la Blache, c’est son nom, s’étire sur environ 200 m de dénivelé à travers une succession de blocs de rochers autour d’une nature généreuse. L’on se croirait un peu dans le Caroux pour celles et ceux qui ont visité cet incroyable site naturel, paradis des grimpeurs dans le parc régional du Haut Languedoc non loin de Béziers. A l’époque nous avions noté que cette voie n’était pas référencée sur Camp to Camp. Trois ans plus tard, elle ne l’est toujours pas, à la différence de celle du jour, au nom évocateur de La lettre Amoureuse. Et l’on comprend mieux pourquoi en étudiant son parcours. Celle-ci est en effet la sœur jumelle d’une seconde voie plus populaire et plus facile, Dudu La Faillite, dont la littérature ne manque pas sur C2C.

La voie visible à gauche dans la goulotte.

L’accès à l’attaque de la Lettre Amoureuse, comme à celle de Dudu La Faillite, est tout un poème. Ne vous attendez pas à une trace d’approche qui n’existe pas, mais plutôt à traverser une nature généreuse, un cours d’eau, avant de vous élever dans un dédale de broussaille et rochers branlants sur environ 150 m de dénivelé. Pourtant, la voie est bien visible depuis le lac du Poursollet. Elle déploie ses 280 m d’escalade plaisir sur les contreforts du Taillefert dans les lointains environs de Grenoble. La brisure est nette et laisse présager une grimpe appétissante ! Encore faut-il donc parvenir à l’attaque. Nous visons au jugé le début de la cicatrice et tentons de la rejoindre par le plus court chemin. Raté ! Le cheminement devient vite pénible puis casse-gueule, et nous préférons faire-demi-tour. De retour sur le GR 50, nous décidons de le suivre un petit moment en direction du lac Fourchu avant de basculer à droite. Bingo !

Après avoir traversé un bout de forêt puis un cours d’eau, nous commençons à apercevoir un début de commencement de voie bien plus haut. Ce faux départ de tout à l’heure a mis à plat mes batteries et je traîne la patte, d’autant que l’heure passe. Nous ne le savons pas encore, mais cette voie nous demandera finalement la journée entière pour en venir à bout et en redescendre. Péniblement, je finis par rejoindre Olivier puis nous cherchons un spit qui marquerait le début des festivités, et nous nous apercevons que nous avons dépassé la première longueur. Après nous être restaurés et laissé mon sac (et une gourde… grossière erreur) au pied de la seconde longueur, nous voilà donc en route pour une ascension qui allait nous prendre plusieurs heures. Heureusement, l’ensemble est joli et assez diversifié (de belles dalles, un dièdre esthétique, un ressaut, etc.). Je me requinque au fil de l’envolée si bien que nous décidons de pousser jusqu’au bout l’aventure.

Une aventure qui nous mènera au replat sommital depuis lequel il est possible de redescendre par une sente peu marquée. Nous préférons poser des rappels, 12 au total, qui nous prendront beaucoup de temps et d’énergie. D’autant que la paroi étant parfois peu raide, la corde vient à plusieurs reprises s’échouer non loin du lanceur (Olivier en l’occurrence) dans des buissons et rochers, quand elle ne finit pas par s’emmêler. On eut certainement mieux fait de redescendre par la sente, mais aurions alors dû remonter pour récupérer mon sac et la gourde remplie à ras bord. Celle d’Olivier est vide depuis un petit bout de temps et nous crevons de soif. Bien plus tard, enfin parvenus à hauteur du sac, la redescente finale ne semble pas plus aisée. Nous progressons à tâtons dans une nature luxuriante, moi en tête, dans un ruisseau à sec avant, suprême délivrance, de retrouver le plat terrain et ce ruisseau que nous avions traversé à l’aller. Un endroit hors du temps à couvert où la nature est reine et semble ne jamais avoir été piétinée par l’homme. Nous restons là plusieurs minutes à nous rafraîchir « ici et maintenant » avant de plier bagage en direction des Écrins.

Vue imprenable depuis la dernière longueur. On aperçoit le lac du Poursollet au loin.

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