22 juin : Pont-de-Montvert / 23 juin : Florac Trois Rivières / 24 juin : Saint-Germain de Calberte / 25 juin : Saint-Jean-Du-Gard
Nous sommes en juin 2026 et nous nous préparons à rejoindre le Pont-de-Montvert depuis Paris en ce jour de la fête de la musique pour conclure notre virée sur le chemin de Stevenson. Dommage que ces derniers temps la température ne cesse de grimper à des hauteurs indécentes en cette période de l’année. En préambule de ce que deviendra cet été hors norme, catastrophique pour les hommes, la faune et la flore, mais cela, nous ne le savons pas encore. Après avoir songé à abandonner en scrutant nos différentes météos, nous nous décidons finalement à tenter l’aventure, Pierre et moi, en acceptant de nous réveiller tôt pour terminer chaque rando à la mi-journée, sachant que nous avons programmé environ 30 km par jour.
Au Pont-de-Montvert, nous avons nos habitudes ! Nous revoici donc de nouveau à l’accueillant gîte du Chastel, déjà visité l’an passé, et orchestré par la dynamique Béatrice Cadier. Elle nous apprend qu’elle a cette année demandé sa retraite tout en ajoutant que la gestion du gîte sera reprise. Il aurait été dommage que de futurs randonneurs ne profitent pas à leur tour de ce havre de paix au milieu d’une nature apaisante. Il fait déjà bien chaud à notre arrivée si bien que nous tentons un premier plouf dans le Tarn qui fait un bien fou. Le lendemain, nous prévoyons un départ à 5h30 dans le but de rallier Florac situé à une trentaine de kilomètres à pied.
L’aube et le chant des oiseaux nous accueillent au sortir du gîte en ce matin du 22 juin. Nous piquons plein sud en direction d’un premier plateau cévenol (la Cham de l’Hermet) après une grimpette d’environ 200 m de dénivelé, pour atteindre un point de vue bucolique à presque 360°. Des tracteurs finissent leur nuit dans les champs en prévision d’une rude journée. Nous passons à côté sans les réveiller ! Nous dégringolons ensuite jusqu’au pont de Fiarouse à l’abri de la forêt avant de gravir une longue route qui finit par se transformer en piste forestière, jusqu’au signal du Bougès à 1420 m d’altitude et sa vue imprenable sur les reliefs alentour. Nous n’en avons pas fini avec ces hauts plateaux, et Florac, la destination du jour, est encore bien loin, alors que la morsure du soleil se fait de plus en plus intense.
Le parcours est exceptionnel et nous sommes seuls à randonner à la différence des années précédentes. Pas tout à fait puisqu’un randonneur se repose à la cabane Bonnal… enfin un être vivant ! Il ne nous reste pas moins de 10 km à parcourir avant d’arriver à la destination du jour, sachant que le GR 70 fait un crochet par Bédouès en longeant le Tarnon. Après une traversée de toute beauté qui nous aura fait croiser 3 cols, dont celui du Sapet, nous décidons finalement de faire une entorse à Stevenson qui ne nous en voudra pas, en empruntant un petit bout du GR 68 menant directement à Florac. Les derniers kilomètres sont éprouvants sous un soleil de plomb. La ville, endormie sous la torpeur, se dévoile dans toute sa longueur (et langueur). Au-dessus d’elle se déploie l’impressionnante barrière du Causse Méjean.
Un restaurant accueillant est fort heureusement ouvert, sorte de grande et ancienne halle ouverte. Nous en profitons pour effectuer une halte bien méritée. Nous trouvons rapidement notre gîte du jour, L’Étape, un ensemble de bâtiments pouvant accueillir des colos, et tenue par une non moins dynamique jeune propriétaire. Il fait bon et frais dans ces locaux à tel point que l’on imagine que la clim fonctionne H24, mais il n’en est rien. Nous avons été bernés par le différentiel chaud-froid, extérieur-intérieur. Après un petit somme réparateur, nous nous jetons dans les eaux presque tièdes du Tarnon coulant en contrebas.
L’étape suivante, nous l’imaginons plus douce puisque nous allons longer la rivière Mimente sur une douzaine de kilomètres avant de plonger plein sud en direction de Saint-Germain de Calberte. Et effectivement, le départ au point du jour est agréable, nous sommes de nouveau accompagnés du chant des oiseaux sur un chemin à couvert, la rivière s’écoulant paisiblement à notre gauche. Alors, nous commençons à parler de tout et de rien et évidemment nous finissons par rater un embranchement du GR sans nous en apercevoir. Résultat, nous voilà obligés de longer sur quelques centaines de mètres la nationale 106 et ses camions menaçants lancés à pleine vitesse. Nous dénichons sur la carte une petite route salvatrice qui finit par nous ramener sur le bon chemin. Un peu plus loin, nous voilà avançant sur une ancienne ligne de chemin de fer dans un environnement sauvage à souhait. Nous traversons des tunnels et ponts redevenus de simples chemins piétonniers qui nous mènent à l’espace Stevenson et au camping de Cassagnas. Un endroit charmant, parfait pour une pause-café et, pour Pierre, une tête dans la Mimente, tandis qu’un troupeau de moutons défile nonchalamment sous le regard d’un chien patou joueur.
Il nous reste 15 km à parcourir jusqu’au gîte de la Lune Rousse sur les hauteurs de Saint-Germain de Calberte. Le cagnard commence à se faire sentir alors que nous entamons une remontée d’environ 200 m jusqu’au Plan de Fontmort puis, bien plus loin, au col de la Pierre Plantée. Le paysage se dévoile de nouveau sur les mamelons des hauts plateaux au sud. Nous croisons les vestiges archéologiques d’une villa gallo-romaine qu’on imagine judicieusement bien positionnée à son époque. Puis un large chemin nous emmène vers notre halte du jour, une maison savamment positionnée à l’entrée du village, avec sa large terrasse et piscine. La vue porte loin. Son propriétaire retraité qui connait les environs comme sa poche pour les avoir parcourus en tant qu’accompagnateur en moyenne montagne nous raconte l’histoire du château de Saint-Pierre perché sur son édifice difficile d’accès et qui aura pourtant été restauré à la main durant des années par les propriétaires des lieux. Saint-Germain de Calberte célèbre par ailleurs les Cévenols qui ont bâti ce pays avec une statue bien montée de l’un d’eux !
L’on profite de la douceur des lieux alors que le soleil décline, puis passons à table en compagnie d’un marcheur solitaire qui a entrepris le chemin Urbain V (GR 670), un tracé qui débute à Nasbinals en Lozère pour se terminer à Avignon. Urbain V était un pape français qui naquit en 1310 au Pont-de-Montvert et mourut à Avignon en 1370. Pour la petite histoire, en 2010, l’association « Les Amis du Bienheureux pape Urbain V » a proposé aux départements de la Lozère et du Gard le tracé d’un chemin de randonnée qui passe par les lieux de mémoire liés à la vie et à l’œuvre de ce pape. Un topoguide la FFRandonnée a vu le jour si le cœur vous en dit ! Moment de convivialité à nul autre pareil que ce repas revigorant entre quatre adultes amoureux de la nature et désireux de partager leur expérience de marcheur et de rêveur.
En ce petit matin du 24 juin, nous devons rejoindre Mialet, avant-dernière étape de notre périple, mais avons déjà l’intuition que nous risquons d’écourter les festivités face à un soleil toujours plus agressif. Nous ne le savons pas encore, mais nous nous arrêtons à Saint-Jean-du-Gard, là même où Stevenson a clôturé son périple. Le GR longeant la D 984 en direction de St-Etienne-Vallée-Française nous fait prendre conscience que nous avons passé un cap. Les chênes, châtaigniers et autres arbousiers laissent peu à peu la place aux pins maritimes accompagnés du chant des cigales. Ce petit parfum fleure bon et décidément rien ne vaut la marche pour vivre pleinement les changements opérés par dame nature alors que nous descendons toujours plus au sud. Parvenus à St-Etienne-Vallée-Française, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Il va nous falloir atteindre le col Saint-Pierre et nous allons le sentir passer en avalant près de 500 m de dénivelé. Ça chauffe et la montée est rude et interminable ! Parvenus au col, nous écarquillons les yeux… Le randonneur que nous avions laissé dans les bras de morphée ce matin même se repose tranquillement dans un abribus, frais et reposé. Comment a-t-il fait pour arriver là avant nous… Du stop !
La dernière partie du GR jusqu’à St-Jean-du-Gard est tout simplement exceptionnelle. Nous naviguons sur un chemin de crête durant plusieurs kilomètres et traversons des forêts de pins qui laissent entrevoir un océan vert qui n’aura heureusement pas été touché par les feux de forêt de l’été à venir. L’atterrissage tout en douceur à St-Jean-du-Gard 400 mètres plus bas nous mène directement à la fontaine municipale où on aurait bien aimé se plonger tout entier ! C’est décidé, c’est le car de la Région qui nous déposera à Mialet où nous avons réservé un dernier home sweet home. Mialet est un petit bourg adossé au Gardon de Mialet qui s’enjambe depuis le pont des Camisards et son spot de baignade incontournable. Un plouf dans le Gardon annonce la fin de nos aventures « stvevensionesques » qui se seront échelonnées sur 3 ans. Le dernier dîner (pas celui du condamné !) est servi par un couple charmant qui possède un potager. Ils nous font profiter de leur cuisine locale, un délice de bonnes et saines choses.
Reste le lendemain à rejoindre Alès en car puis Nîmes en train. Nîmes où nous ferons une toute dernière halte en nous perdant un peu dans sa vieille ville au charme fou. Le prochain projet rando en 2027 devrait nous mener sur la GTJ… Kezako ?! À vous de trouver 😉






