Dibona nous (re)voilà !
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12 septembre 2026 : voie Berthet – Boell – Stofer à la Dibona / 13 septembre : Voie des Plaques à la Tête du Rouget

Après la fissure directe Madier

Cet été, je me suis hissé pour la troisième fois (et dernière ?) jusqu’au refuge du Chatelleret et avalé ses 1150 m de dénivelé depuis le hameau des Étages dans la vallée du Vénéon. Vallée qui a été meurtrie le 21 juin 2024 après qu’une crue torrentielle a tout détruit sur son passage, dont le charmant village de la Bérarde, l’un des spots marquants de l’escalade dans les Écrins. Je n’y étais pas retourné depuis 2023, et c’est avec beaucoup de curiosité que je découvre une vallée méconnaissable, arasée, où les arbres ont totalement disparu au niveau du cours d’eau, lui-même perlé de pierriers. Cela me fait penser à un géant qui aurait passé un sévère coup de balai pour faire disparaître une nature sauvage et inventive, et ne laisser à la place qu’un vaste espace assaini en bon ordre. Cela dit, durant deux ans, les travaux de restauration ont été gigantesques, et c’est bien grâce cette débauche d’énergie, de volontarisme et d’argent public, que l’on peut de nouveau rejoindre les Étages sans encombre en voiture.

Aujourd’hui, je suis en compagnie de Fred, un copain de cordée (de longue date !) au mur d’escalade des Lézards à Herblay. Je l’ai débauché pour l’occasion en lui faisant miroiter une escalade exceptionnelle ! Je lui avais proposé cette même sortie l’an passé qui hélas n’avait pas pu se réaliser. Et voilà qu’il est de nouveau disponible en 2026.  Je contacte alors Yann Romanex, guide de haute montagne avec qui j’ai eu l’occasion de parcourir ces dernières années quelques sommets remarquables des Écrins répertoriés dans ce blog. Yann bloque les premiers jours de septembre, et nous voilà donc embarqués pour une virée qui s’annonce fameuse. J’avais auparavant parcouru la voie normale de la Dibona ainsi que la voie du Nain en compagnie d’Olivier, mais jamais encore cette combinaison classique dont les premières dizaines de mètres verticaux sont bien visibles depuis le refuge. La voie démarre sur des dalles inclinées avant de se poursuivre dans un tunnel ludique (qui me rappela les chatières au grand pic de l’Obiou) puis à l’intérieur d’une longue fissure. La voie continue ensuite son bonhomme de chemin en suivant un parcours complexe où l’on peut vite se perdre, d’où l’intérêt d’utiliser les services d’un guide.

Fred dans ses œuvres !

La voie Berthet – Boell – Stofer à la Dibona évite astucieusement les difficultés du grand dièdre de la directe Madier (côté 6b+) tout en se maintenant dans un degré de difficulté inférieur (5b) sur 350 m d’élévation jusqu’au sommet à 3130 m d’altitude. Une belle promesse d’envol vers les cieux qui dure entre 4h et 7h (pour les plus lents !) jusqu’à sa pointe effilée et esthétique fortement déconseillée aux sujets au vertige.

Entretemps, nous aurons posé nos mains et nos pieds à la suite des géants qui ont déniché cet improbable itinéraire, en empruntant ça et là des petits bouts de cheminements épars pour finalement combiner un patchwork remarquable en face sud. Inutile de se lever à l’aube étant donné que le pied de la voie est à moins de 10 minutes du refuge. Comme il fait un petit peu frais en ce matin du 12 septembre, nous surjouons même un peu de zèle en patientant jusqu’à ce que le soleil daigne darder le sommet de ses rayons. Les premières dalles nous réveillent puis nous entrons dans le vif du sujet avec deux remarquables premiers passages, le fameux tunnel suivi de l’esthétique fissure que nous quittons pour la variante Berthet. Dommage, car cette directe Madier me semblait alléchante.

Petit passage sympathique !

La suite est bien différente de ces premières longueurs, comprenant des passages diversifiés et ludiques composés de traversées, de dalles, de vires et autres dièdres. Jusqu’à aboutir à un second passage historique, la fameuse vire Boell menant au couloir du même nom. À première vue, elle n’a rien de bien compliquée cette vire Boell. En plus elle est en descente… sauf qu’arrivé à la fin de celle-ci, impossible de poursuivre au-delà. Il s’agit d’effectuer une descente improbable un chouïa acrobatique en tentant de trouver un appui du pied au toucher sans pouvoir apercevoir quoi que ce soit, et tout en étant mal assuré ! C’est ce qu’on appelle une désescalade olé olé (côté 3), un petit moment haut perché que je franchis tant bien que mal alors que Fred s’en sort plutôt pas mal. Vient ensuite un autre grand moment de ce puzzle d’altitude, le couloir Boell, à savoir un large et superbe dièdre ouvert qui promet une belle envolée. Yann s’y engage puis effectue un relais au milieu de ce dernier. D’après lui, c’est à cet endroit qu’il faut s’échapper à droite. Il cherche des prises, tente de s’élever dans un ensemble rocheux qui me paraît bien raide et pas du niveau de ce que nous avons vécu jusqu’alors. La sortie me semble plus aisée en continuant de gravir le couloir sur quelques mètres avant de l’échapper à droite. C’est effectivement la solution que Yann adoptera rapidement. 2 vieux pitons auront brièvement trompé l’œil aguerri du guide !

Repos mérité près du sommet

Et ce n’est pas fini ! Un autre moment remarquable approche : les cannelures Stofer, du nom de l’alpiniste français Edmond Stofer. En 1933, accompagné de François Balay, il réalise la seconde ascension de la face sud (ouverte par Jean Boell et Alain Le Ray un an plus tôt) en découvrant une variante passant par des cannelures et des fissures présentes sur la partie supérieure de la face. Certainement le passage le plus esthétique de la voie qui me fit penser aux lapiaz rencontrés dans les Aravis. Pas vraiment difficile, mais assez soutenu dans un environnement vertical (on approche du sommet et la voie s’affine de tous côtés) et gazeux à souhait, c’est la cerise sur le gâteau. Les dernières longueurs sont constituées de dalles, de dièdre puis d’une fissure cheminée courte, mais raide où j’ai tiré la langue, avant de sortir au sommet riquiqui. Après une pause bien méritée, nous attaquons la voie normale qui, à la descente, nécessite deux cours rappels avant de se poursuivre par une vire effilée et ludique où j’ouvre la voie. La suite n’est pas bien compliquée jusqu’au refuge qu’on atteignit sur les coups de 17h00, horaire idéal pour un goûter à base de délicieuse tarte maison. Le repas du soir fut comme toujours excellent avec Marielle aux commandes, une femme puissante qui gère le refuge de main de maître.

Yann dans ses oeuvres !

Le lendemain matin, le lever est plus matinal puisque nous avons prévu d’aller au sommet de la tête du Rouget en grimpant la voie des Plaques. J’avais un mauvais souvenir de cette approche que nous avions pratiquée avec Olivier quelques années auparavant. Un cheminement dans un terrain « merdique » jusqu’à la brèche menant à l’attaque de la voie. Il faut dire qu’il faisait particulièrement chaud, une chaleur totalement anormale à 3000 m d’altitude. Nous avions finalement décidé d’opérer un savant demi-tour. Rien à voir cette année où un cheminement est tracé presque jusqu’à la brèche qui nous fait économiser des forces et gagner du temps. Surtout, la température est clémente. Cette voie des Plaques est ludique et facile. Elle a connu d’illustres grimpeurs puisque Emmanuel Boileau de Castelnau et les Gaspard père et fils l’ont parcourue en juillet 1877, peu de temps avant qu’ils ne réussissent la première ascension de la Meije jusqu’au grand pic. Et je me prends à rêver de tomber sur un vieux piton ou coin de bois déposé là par Pierre Gaspard 150 ans plus tôt !

Pose de protections

Comme la voie est facile, le granit excellent, la journée ensoleillée et le vent inexistant, Yann propose à Fred de passer en tête en lui apprenant à poser des protections et créer un relai. Chouette initiative que Fred se charge de concrétiser brillamment, Yann n’étant jamais bien loin en mode solo. Quant à moi, je prends le soleil plus bas en attendant de les rejoindre tout en récupérant le matériel déposé par Fred. Yann reprend ensuite la main jusqu’au sommet, la face s’élargissant et se raidissant quelque peu. Très belle cime que celle de la Tête du Rouget, la place ne manque pas et la vue est plutôt sympathique. Nous redescendons par les rappels installés dans la voie que nous revisitons donc au retour avec un changement de perspective radical ! Et c’est déjà l’heure du long retour, d’abord en direction du refuge en prenant le temps d’un arrêt casse-croute quelque part dans l’immensité caillouteuse, puis au refuge lui-même où nous grignotons de nouveau avant la descente express vers les Étages sans même compter la longue route vers Paris… Une fois encore, un grand merci à Yann pour son professionnalisme et à Fred pour sa bonne humeur et son envie de se dépasser dans un terrain montagne exceptionnel, les Écrins, si chers à mon cœur.  

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